PERSONNALITÉS

 

Deux personnalités récemment disparues ont fidèlement soutenu la Maison de vigilance et participé au jeûne du mois d'août :

Solange Fernex et Théodore Monod

 

 

Théodore Monod

Théodore est le troisième fils de Wilfred Monod , pasteur et théologien protestant dont l'influence spirituelle a beaucoup joué sur son fils. Il entre au Muséum d'histoire naturelle dès 1922 puis y soutient sa thèse en 1926. Il découvre le continent africain grâce à deux missions de recherche , puis parcourt le Sahara occidental pendant plus d'un an : le zoologiste devient géologue, botaniste , archéologue, préhistorien... En 1930, son service militaire le mène au Sahara algérien : ses recherches sont définitivement orientées vers une région du monde dont il est devenu un éminent spécialiste. Désormais, les voyages se succèdent. En 1938, Monod est affecté à Dakar pour créer un institut de recherche. Sous son impulsion, l' Institut français d' Afrique noire devient un très grand centre scientifique. De 1953 à 1964, il parcourt 5200 km à pied et à dos de chameau à travers le Sahara occidental. Il poursuit aussi ses recherches sur la faune marine : il est nommé directeur du laboratoire des pêches d'outre-mer au Muséum en 1942 puis élu à l' Académie des sciences en 1963 . Considéré par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes de poissons et de crustacés, Monod était aussi un écologiste chrétien antimilitariste et engagé. Il s'éteint à 98 ans.

Solange Fernex

Solange Fernex , l’insoumise

Militante écologiste, tiers-mondiste, féministe, anti-nucléaire, elle n’a cessé de mener des combats non-violents. Par des manifestations, des jeûnes prolongés, par l’action associative, son mandat de député européenne « verte » , elle a « essayé » dit-elle «  d’exercer le militantisme d’une façon aussi professionnelle que possible », sans pour autant sacrifier sa vie de famille. Elle a fait comprendre à tous ceux qui l’ont approchée qu’il ne faut jamais baisser les bras, se résigner à l’inacceptable , qu’ « un autre monde est possible : à condition de le vouloir et d’y travailler à chaque instant, avec détermination, de tout son être».

 

 

                          

 

 

Tsutomu Yamaguchi

Le Japonais qui avait survécu aux deux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, en 1945, est décédé, lundi 4 janvier 2010, à Nagasaki, d'un cancer de l'estomac, à l’âge de 93 ans. Tsutomu Yamaguchi était, officiellement, la seule victime reconnue des deux bombes nucléaires américaines. Blessé à Hiroshima, il s'était rendu, deux jours plus tard, à Nagasaki, où explosa la seconde bombe atomique !

A Hiroshima comme à Nagasaki, Tsutomu Yamaguchi se trouvait à trois kilomètres de l’épicentre. Il travaillait comme ingénieur dans les chantiers navals de Mitsubishi. Le 6 août 1945 à Hiroshima, terriblement brûlé mais parvenant encore à marcher, il prit le dernier train pour Nagasaki. Là-bas se trouvaient sa famille, son entreprise. Le 9 août, il était en train d’expliquer à ses collègues de Mitsubichi qu’une bombe, une seule, avait détruit toute une ville. Il n’arrivait pas à le croire quand soudain une deuxième bombe atomique explosait au-dessus de Nagasaki.

Pendant un demi-siècle, il s'était muré dans le silence. Il n'en est sorti que trop révolté par la mort de son fils, décédé d'un cancer du poumon à 59 ans.

 

 

paroles d'Albert Camus

Le 8 mai 1945, trois mois avant Hiroshima, Albert Camus écrivait dans Combat:

"Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football"...


                              Desmond Tutu

Desmond Tutu est prix Nobel de la Paix et soutien de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (www.icanw.org).

En finir avec le diable nucléaire

Éliminer les armes nucléaires est le voeu démocratique de tous les peuples du monde. Et pourtant, aucune des nations qui possèdent l’arme nucléaire ne semble se préparer à un avenir sans ces dispositifs terrifiants. En fait, ils gaspillent des milliards de dollars à moderniser leurs forces nucléaires, faisant une farce des engagements de désarmement de l’ONU. Si nous permettons à cette folie de persister, l’utilisation éventuelle de ces instruments de terreur semble incontournable.
 
Nous ne pouvons tolérer un système d’apartheid nucléaire dans lequel il serait considéré légitime pour certains états de posséder l’arme nucléaire, mais parfaitement inacceptable pour d’autres qui chercheraient à l’acquérir. La paix et la sécurité dans le monde ne peuvent se fonder sur un tel double standard. Le TNP ne constitue pas un droit pour les cinq puissances nucléaires originelles de s’accrocher à ces armes indéfiniment. La Cour Pénale Internationale a affirmé qu’elles sont légalement dans l’obligation de négocier en toute bonne foi pour l’élimination complète de leurs forces nucléaires.
 
L’unique obstacle auquel nous sommes confrontés dans l’abolition des armes nucléaires est le manque de volonté politique, qui peut – et doit – être dépassé. Deux-tiers des états membres de l’ONU ont appelé de leur voeux une convention sur les armes nucléaires, similaire aux traités existants pour la suppression d’autres catégories d’armes particulièrement inhumaines et discriminantes, des armes biologiques et chimiques au mines antipersonnel et à fragmentation. Un tel traité est possible et doit être envisagé de manière urgente.
 
Il est vrai qu’il est difficile de désinventer l’arme nucléaire, mais cela ne veut pas dire que le désarmement nucléaire est un rêve impossible. Mon propre pays, l’Afrique du Sud, a abandonné son arsenal nucléaire dans les années 90, prenant conscience du fait qu’elle se porterait mieux sans ces armes. A peu près au même moment, les toutes récentes républiques du Belarus, du Kazakhstan, et d’Ukraine ont volontairement renoncé à leurs armes nucléaires avant de rejoindre le TNP. D’autres pays ont abandonné leurs programmes d’armement nucléaire, reconnaissant que rien de bien ne pouvait en sortir. Les réserves globales ont chuté de 68 000 têtes au plus fort de la guerre froide à 20 000 aujourd’hui.
 
Avec le temps, tous les gouvernement seront amenés d’admettre l’inhumanité fondamentale que constitue la menace de l’anéantissement de villes entières par l’arme nucléaire. Ils s’efforceront de faire de ce monde un monde sans de telles armes – dans lequel l’autorité de la loi, et non celle de la force, règnera en suprématie, et la coopération sera considérée comme le meilleur garant de la paix internationale. Mais un tel monde ne sera possible que si tous, partout dans le monde, se lèvent et affrontent la folie nucléaire.
 

 

 

 

 

 

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